LURKING

On m'a souvent posé cette question avec un petit regard narquois, style "Hé, Ho! Ne me la fais pas à moi, je suis persuadé que tu nous traques sur internet!".

Pour être franc, je faisais quelques 300 à 400 entretiens par an. Pour ce faire, j'analysais entre 1000 et 1500 CV. Donc si j'avais dû en plus me palucher les profils Facebook de mes candidats, autant dire que j'y serais encore. Donc, non, aussi étonnant que cela puisse paraitre, je n'ai pas trop cédé à la tentation de la traque sur internet (de toute façon, vu mon niveau d'egocentrisme, la vie des autres ne m'intéresse pas, ce qui soit dit en passant m'a été très utile dans mon ex-métier!)

Bref, je pourrais arrêter mon post ici avec cette réponse lapidaire et vous dire de vous détendre : non, la photo où vous roulez une pelle à votre chien et que vous désespérez de voir disparaitre de Google images ne vous portera pas préjudice. Pour autant, je vais devoir nuancer mon propos.

Nuancer mon propos car si je ne m'embêtais pas à checker les profils FB de mes contacts, je suis pour autant sûr d'un truc : votre collègue (oui, oui, le gars assis juste à côté de vous là) et bien lui, il va le faire.

Comme disait l'autre : "True Story" : à chaque fois que j'annonçais l'arrivée d'un nouveau dans une équipe, je pouvais être certain qu'à peine revenu à mon bureau, j'aurais un ou deux mails avec pour objet "Hé, t'as vu qui tu nous as recruté?!" et en pièce jointe la dite photo de votre échange buccal interespèce.

Et c'est là toute la limite des réseaux sociaux : ils peuvent vous construire une réputation avant même votre arrivée en entreprise. Vos collègues ne manqueront pas de vous offrir un paquet de croquettes pour votre pot d'arrivée. Nadine, de l'accueil, hésitera à vous parler de Yuki, son jeune Lhassa Apso, pourtant primé à plusieurs concours canin.

Paranoïa. C'est un peu ce qu'il faut déclencher pour lutter contre les méfaits des réseaux sociaux et ce même si les entreprises vous jurent les grands dieux en crachant par terre qu'elles ont signé une charte éthique sur l'utilisation de FB dans le recrutement. Ce n'est que mon avis hein, mais les chartes, pour moi, c'est un peu comme les promesses : elles n'engagent que ceux qui y croient.

parano

Bref, pour se prémunir de cela, 3 niveaux de parano à développer :

  • Premier niveau et finalement le plus évident, mais je préfère l'écrire en gros : ON NE PEUT PAS CONSULTER VOS PHOTOS PERSO SUR LE NET. Verrouillez la confidentialité de votre FB au maximum
  • Deuxième niveau : jouez avec les mots. Ou du moins avec les lettres, modifiez légèrement l'orthographe, utilisez une police blanche sur fond blanc ou de faux espaces dans l'épellation de vos prénom et nom utilisés sous FB. Cela vous donnera peut être un petit genre dans votre réseau perso, mais cela empêchera physiquement un quidam de vous googler
  • Troisième niveau : Vous, vous avez des trucs à vous reprocher. Un passé à oublier, un peu comme Réno Raines (Les gens cultivés comprendront). Bref, plusieurs solutions, soit vous contactez Google pour tester le droit à l'oubli ou les sites web concernés pour les menacer, histoire qu'elles effacent vos ébats canins. Vous pouvez également toujours créer une Google Alert sur votre "Prénom + NOM", cela vous permettra d'être immédiatement averti par mail de la création d'une page web comportant votre identité, histoire de vérifier si elle est safe.

Au delà d'entretenir un sentiment de paranoïa pas très fun, au final, mon meilleur conseil reste très simple : et si vous restiez simplement cordial et neutre sur le net? Histoire de ne rien avoir à regretter par la suite? Soyez prudent sur ce que vous lâchez sur les réseaux.

Sinon dernière possibilité : s'appeler "Julien Durand" ou "Anne Martin", c'est pas mal non plus :-)